Pourquoi les stratégies de décarbonation doivent garder la biodiversité en ligne de mire

Pourquoi un cabinet spécialisé en stratégie climat parle de biodiversité

Dans l'univers des entreprises, le climat et la biodiversité sont encore souvent traités comme deux dossiers distincts : d'un côté, un bilan carbone et une trajectoire de réduction des émissions ; de l'autre, des sujets « nature » confiés au service RSE, quand ils existent. Pourtant, un accompagnement en stratégie bas-carbone peut difficilement faire son office sans avoir les sujets biodiversité en tête. Et réciproquement : les deux crises partagent les mêmes causes profondes et appellent souvent les mêmes solutions.

Précisons d'emblée le positionnement : Hop(e) Collective ne délivre pas de conseil en biodiversité. Son métier, c'est l'accompagnement des organisations dans leur stratégie climat — et l'animation d'ateliers de sensibilisation, y compris sur le vivant. Mais c'est justement parce que les deux crises sont si étroitement imbriquées que les sujets biodiversité restent en ligne de mire à chaque étape d'une trajectoire de décarbonation. Cet article revient sur cette imbrication, souvent sous-estimée. Parce que la bonne nouvelle, c'est que la plupart des actions utiles pour l'une le sont aussi pour l'autre — à condition de les concevoir ensemble, et jamais l'une contre l'autre.

Des écosystèmes en bonne santé, des alliés climatiques de premier ordre

La première raison de s'intéresser à la biodiversité quand on travaille sur le climat est simple : sans écosystèmes fonctionnels, la lutte contre le changement climatique perd l'essentiel de ses soutiens.

Les forêts, les prairies, les sols, les zones humides et les océans absorbent aujourd'hui une part considérable des émissions humaines de gaz à effet de serre. Les puits naturels continuent de capter chaque année environ la moitié du CO₂ émis par les activités humaines — un service rendu gratuitement, mais qui dépend directement de l'état de santé des écosystèmes. Une forêt dégradée absorbe moins de carbone ; un sol artificialisé ne stocke plus ; un océan qui se réchauffe et s'acidifie voit son efficacité diminuer. Autrement dit, chaque hectare d'écosystème préservé ou restauré est une infrastructure d'atténuation en fonctionnement.

Les écosystèmes jouent aussi un rôle décisif en matière d'adaptation, un sujet devenu incontournable pour les entreprises comme pour les territoires. Face aux événements extrêmes qui se multiplient — vagues de chaleur, épisodes méditerranéens, tempêtes, submersions —, le vivant constitue souvent la meilleure protection :

  • Les haies et les alignements d'arbres brisent le vent, limitent l'érosion des sols agricoles et protègent les cultures.

  • Les mangroves et les dunes atténuent la force des vagues et protègent les côtes de l'érosion et des submersions, plus efficacement et plus durablement que bien des ouvrages en béton.

  • La végétalisation en ville — arbres d'ombrage, toits et murs végétalisés, parkings perméables — rafraîchit les îlots de chaleur urbains, réduit la consommation d'énergie des bâtiments en été et améliore le confort et la santé des habitants.

Ces solutions fondées sur la nature ne remplacent pas la décarbonation, elles la complètent : elles renforcent la résilience des territoires tout en entretenant des puits de carbone.

La cause commune : l'extraction et le traitement des ressources

Mais le lien le plus puissant — et le moins connu — entre climat et biodiversité se situe en amont, dans la manière dont les économies se fournissent en matières et en énergie.

Ce fait est bien documenté : les énergies fossiles, de l'extraction à la combustion, génèrent plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C'est le cœur de la crise climatique, et la priorité de toute stratégie de décarbonation sérieuse reste la sortie des fossiles.

Ce qui l'est beaucoup moins, c'est le rôle de l'ensemble des ressources naturelles. Selon le Global Resource Outlook 2024 du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), l'extraction et le traitement des ressources — métaux, minéraux non métalliques, combustibles fossiles, biomasse — pèsent à eux seuls plus de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et sont responsables de plus de 90 % de la perte de biodiversité terrestre. Ces chiffres méritent qu'on s'y arrête : la pression sur les ressources n'est pas un dommage collatéral de l'économie, c'est le premier moteur commun des deux crises.

Concrètement, il s'agit des mines et des carrières dont sortent les métaux et granulats, des forêts converties en terres agricoles ou en plantations, des puits de pétrole et des gazoducs qui alimentent les usines, des champs cultivés qui fournissent biomasse et denrées. Autant d'espaces naturels transformés, fragmentés ou détruits — et autant d'émissions générées avant même que le produit fini ne soit utilisé.

La consommation de matières a plus que triplé au cours des cinquante dernières années et continue de croître ; le rapport du PNUE estime que la poursuite des trajectoires actuelles dépasserait les limites planétaires. La leçon est la même pour la planète et pour l'entreprise : l'empreinte matière est l'angle mort de la plupart des stratégies environnementales.

Ce que cela change pour les entreprises : chaque action peut compter double

Si climat et biodiversité partagent les mêmes causes, alors les plans d'action peuvent — et doivent — être conçus pour produire des bénéfices doubles. C'est tout l'intérêt d'une approche intégrée : dans un plan de décarbonation d'entreprise, chaque levier peut être évalué à la fois pour son impact carbone et pour son effet sur le vivant. Trois exemples illustrent cette double lecture.

La sobriété : extraire moins, détruire moins

Réduire les volumes consommés — moins de déplacements, moins d'équipements renouvelés, moins de gaspillages, des produits conçus pour durer — évite d'extraire de la matière neuve. Or ne pas extraire, c'est à la fois ne pas émettre (rappelons-le : 60 % des émissions mondiales naissent de l'extraction et du traitement des ressources) et ne pas détruire d'écosystèmes (90 % de la perte de biodiversité terrestre). La sobriété est probablement la seule action qui réduit simultanément toutes les pressions environnementales, sans effet rebond ni déplacement d'impact.

L'économie circulaire : réutiliser plutôt qu'extraire

Allonger la durée de vie des produits, réparer, réemployer, reconditionner, recycler : chaque tonne de matière réutilisée est une tonne qui n'a pas besoin d'être extraite. L'économie circulaire agit ainsi directement sur le poste d'émissions le plus massif de l'économie mondiale, tout en réduisant la pression sur les milieux naturels — mines, forêts, terres agricoles. Pour une entreprise, c'est aussi un levier de sécurisation des approvisionnements dans un contexte de tensions croissantes sur les matières premières.

Des renouvelables bien situées : décarboner sans artificialiser

Sortir des énergies fossiles impose de déployer massivement les énergies renouvelables. Mais ce déploiement a lui aussi une empreinte : emprise au sol, matériaux, conflits d'usage. Un parc photovoltaïque implanté sur une artificialisation existante — friche, toiture, parking — n'a pas le même coût écologique qu'un parc installé sur une prairie ou une zone humide. Siting, mutualisation, agrivoltaïsme bien conçu : la localisation des projets renouvelables est un choix de stratégie biodiversité autant qu'une question de production d'énergie.

Ne pas opposer les crises, mais garder les deux en ligne de mire

Cette lecture intégrée a une conséquence méthodologique : il ne s'agit jamais d'opposer une crise à une autre, ni de hiérarchiser les urgences au point d'en oublier une partie de l'équation. Lorsqu'on accompagne une entreprise dans sa décarbonation, garder la biodiversité en tête, c'est s'attaquer aux causes plutôt qu'aux seules conséquences — et identifier davantage de leviers d'action.

Les cadres se rejoignent d'ailleurs de plus en plus. La science elle-même a cessé de cloisonner : le GIEC et l'IPBES ont publié en 2021 un premier rapport conjoint sur les interactions entre biodiversité et climat, et le concept de solutions fondées sur la nature fait désormais partie de la boîte à outils des deux communautés. Côté entreprises, la réglementation converge elle aussi : la CSRD demande une remontée d'informations sur les deux volets (climat et biodiversité), et la Disclosure Standard européen E4 impose désormais une stratégie biodiversité dédiée aux entreprises concernées. Les entreprises qui traitent ces sujets en silos se préparent donc deux exercices, deux reportings et deux plans d'action distincts — alors qu'une approche unifiée, centrée sur les causes communes, est à la fois plus cohérente et plus opérationnelle.

En pratique : comment cette double lecture se traduit-elle ?

Sans prétendre se substituer à une expertise biodiversité dédiée, cette lecture irrigue concrètement la manière d'accompagner une trajectoire de décarbonation :

  1. Garder l'empreinte matière en tête : au-delà des émissions, la consommation de ressources de l'activité est la première variable à interroger, car c'est là que se joue le double impact carbone–biodiversité.

  2. Passer les actions du plan climat au filtre du vivant : pour chaque levier de décarbonation, se demander où il compte double — et où un arbitrage ou un risque d'impact négatif mérite l'attention d'un expert biodiversité.

  3. Prioriser la sobriété et la circularité : ce sont les leviers les plus robustes, ceux qui réduisent simultanément les émissions et la pression sur les écosystèmes.

  4. Sensibiliser les équipes : des ateliers dédiés — comme la Fresque de la Biodiversité ou le Domino de la Biodiversité — permettent à chacun de comprendre ces interactions et de se les approprier. C'est d'ailleurs l'un des formats que Hop(e) Collective anime, en complément de son accompagnement climat.

Conclusion

Climat et biodiversité ne sont pas deux chapitres séparés d'un rapport RSE : ce sont deux symptômes du même rapport de l'économie aux ressources. Consommer moins de matière et d'énergie réduit les émissions d'une entreprise et la pression sur le vivant en même temps. Chaque action de sobriété, chaque boucle de circularité, chaque choix d'implantation bien pensé peut compter double.

C'est cette conviction qui guide Hop(e) Collective : un accompagnement à la décarbonation qui garde les sujets biodiversité en ligne de mire, des ateliers de sensibilisation pour que chaque équipe comprenne ces interactions, et des stratégies qui s'attaquent aux causes plutôt qu'aux seules conséquences.

Envie de construire une trajectoire de décarbonation qui compte double, ou de sensibiliser vos équipes aux liens entre climat et biodiversité ? Parlons-en : contact@hopecollective.fr

Sources

  • Programme des Nations unies pour l'environnement, Global Resource Outlook 2024 (International Resource Panel) : l'extraction et le traitement des ressources représentent plus de 60 % des émissions mondiales de GES et plus de 90 % de la perte de biodiversité terrestre.

  • GIEC, Sixth Assessment Report : les puits naturels absorbent environ la moitié des émissions anthropiques de CO₂ ; les énergies fossiles dominent les émissions mondiales.

  • IPBES & GIEC, rapport conjoint 2021 Biodiversity and Climate Change.

  • Directive CSRD / norme ESRS E4 (biodiversité et écosystèmes).

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